La révision du PLU, soumise à enquête publique appelle plusieurs remarques. Avant de les exposer, il semble utile de rappeler quelques éléments de contexte.

 

La Ville de Noisy-le-Grand a de très nombreux atouts.

 

Située entre les bords de Marne et l’immense Bois Saint-Martin, elle bénéficie d’un cadre environnemental exceptionnel.

Elle est desservie par l’autoroute A4, par 2 RER et 3 gares et par de nombreuses lignes de bus.

Sa proximité avec le pôle de Marne-la-Vallée et le cluster Descartes, consacré à la « Ville durable » doivent la situer au carrefour des plus récentes recherches et avancées technologiques en terme d’urbanisme, d’aménagement du territoire et même de développement économique.

L’arrivée de 3 lignes (ligne 15, ligne 16 et l’hypothétique ligne 11) du Grand Paris Express à Noisy-Champs déplace le centre de gravité de la Ville vers l’est, vers Champs-sur-Marne et le pôle Marne-la-Vallée. La gare de Noisy-Champs accueillant déjà le RER A, elle prendra, dans les années futures, la place du Mont-d’Est en terme de principale porte d’entrée dans la Ville.

La ville est divisée physiquement en 4 grandes zones : les bords de Marne jusqu’à la N370, le centre-ville, entre la N370 et la tranchée du RER A, puis du RER A jusqu’à l’autoroute A4 et après l’A4 : les Richardets, vers la Seine-et-Marne.

D’un point de vue institutionnel, Noisy-le-Grand appartient au Territoire Grand Paris Grand Est, qui regroupe 14 villes, jusqu’à l’axe Coubron/Vaujours. C’est un Territoire disparate dans lequel Noisy-le-Grand peut faire figure de moteur, étant données sa dimension et son potentiel.

 

C’est ainsi que Noisy-le-Grand peut être, dès à présent, une ville modèle, qui propose un développement soutenable, prenant en compte les nécessités de l’avenir et la préservation de l’environnement. 

 

Plusieurs points du PLU vont d’ailleurs en ce sens :

  • l’abandon du port de Plaisance sur les bords de Marne. Ce projet était en effet incompatible avec la prise en compte réelle des enjeux écologiques : pollution de la Marne, prise d’eau de l’usine d’eau…

  • De même, le PLU révisé envisage une ouverture « physique » des Richardets vers le cluster Descartes, ce qui pourrait être dans l’avenir un signe fort pour le développement de solutions nouvelles en terme d’urbanisme.

  • Enfin, l’arrivée du Grand Paris Express à Noisy-Champs semble être prise en compte, avec une orientation d’aménagement dédiée.

 

 

Néanmoins, à la lecture attentive de ce PLU et vu le nouveau plan de zonage, ces propositions restent insatisfaisantes. Cette révision du PLU est hélas une occasion manquée pour faire de Noisy-le-Grand une ville du 21ème siècle. Cette révision reste sur les mêmes bases que les précédentes, sans entamer une réflexion sur ce qui pourrait être un développement soutenable de la Ville.

 

Les objectifs affichés sont pourtant intéressants : une augmentation soutenue de la population, avec la construction de 7 364 nouveaux logements et la défense de la nature.

À y regarder de plus près, ces objectifs sont loin d’être atteints. Nous développerons trois aspects : l’aspect écologique, l’aspect social et l’aspect économique de cette révision.

 

  • Sur l’aspect écologique :

 

La révision du PLU entraine la perte, pour la Ville et pour ses habitant-e-s de 45,8 hectares naturels ou non urbanisés, perte induite par l’objectif de construction de 7 364 logements.

 

En effet, nous comptons 7 projets d’ensembles immobiliers : Maille Horizon Nord, Maille Horizon Sud, Les Bas-Heurts, Abraxas, le Clos D’Ambert, le pôle gare de Noisy-Champs et le quartier des bords de Marne. Parmi ces 7 projets, un seul est réellement nécessaire : celui du pôle gare de Noisy-Champs, pour d’évidentes raisons : il s’agit ici d’un quartier qui est appelé à devenir le nouveau centre attractif de Noisy-le-Grand, du fait de l’arrivée des lignes du métro Grand Paris Express.

Les autres quartiers souffrent tous des mêmes maux : cinq d’entre eux sont situés à proximité du RER A Mont d’Est, où l’ensemble des transports est saturé : N370, Route de Neuilly, A4, RER A, lignes de bus. Pourtant, c’est ici qu’il a été décidé de concentrer les constructions, sur des terrains naturels.

Le meilleur exemple est le quartier des bords de Marne, indument appelé « éco-quartier » qui propose plus de 500 nouveaux logements, dont une centaine directement sur les bords de Marne, là où se situe le tout dernier espace vert et vierge sur cette rive de la Marne.

L’écologie apparait ici comme un gadget au mieux, au pire comme un faux alibi pour la destruction d’espaces naturels. Sans compter l’éloignement des transports…

 

De même, ainsi que le rappelle l’avis défavorable de l’autorité environnementale en charge de l’évaluation du PLU1, la conformité des documents produits par la municipalité aux exigences d’un PLU laisse à désirer, ce qui fragilise juridiquement l’ensemble du PLU. En effet, de nombreuses analyses concernant l’impact écologique notamment sont absentes des documents communiqués. Il apparait alors que le PLU court le risque d’être annulé par le juge administratif.

 

Celle-ci est pourtant fondamentale pour préserver notre qualité de vie, notre santé et notre sécurité.

Plus de béton signifie plus de chaleur, plus de pollution et plus de risques d’inondations, du fait de l’artifilisation des sols.

Construire des milliers de logements loin des transports, sans aucun plan de déplacement en mobilité douce (pistes cyclables…) signifie que l’on va augmenter drastiquement la circulation automobile et les inconvénients induits : embouteillages, nuisances sonores, pollution…

 

Nous mettons aussi un point de vigilance particulier sur l’avenir du Bois-Saint-Martin, complètement occulté par le PLU.

 

 

  • Sur l’aspect social

 

Le PLU nous engage et engage la Ville sur les décennies à venir. Rater le coche du futur, c’est assurément compromettre le développement social de la population noiséenne, et par là-même obérer la réussite des quartiers que la municipalité veut construire.

La révision du PLU ne propose en aucune façon l’amélioration des communications, des transports et des passages entre les 4 zones de la Ville et favorise le maintien de l’enclavement des quartiers populaires.

Le PLU propose la création de 7 364 nouveaux logements, soit l’arrivée de 10 000 habitants supplémentaires d’ici 13 ans, en 2030. Or, rien n’est dit sur les capacités futures de la Ville pour absorber cette augmentation de la population.

En effet, le PLU ne prévoit aucun plan de construction d’équipements publics supplémentaires : crèches, écoles, accueils pour les séniors, équipements sportifs, culturels… Le PLU raisonne en investissements publics constants, ce qui ne permet pas, selon nous, un développement soutenable pour les générations futures.

L’augmentation prévue de la population dans des secteurs déjà saturés (Mont d’Est, Abraxas, Maille Horizon Nord et Sud) ne présage rien de bon pour l’avenir des personnes habitants à proximité : rien n’est dit sur l’amélioration de l’habitat au Pavé-Neuf ou au Champy, ni sur la destination de l’ensemble social situé rue Henri Barbusse, à proximité du secteur de Villeflix.

 

Un point positif : la volonté de respecter la proportion légale de logements sociaux, ce qui apparait être a minima une bonne pratique, à la condition de ne pas les concentrer tous au même endroit. A priori, ce n’est pas le cas dans les documents qui nous sont proposés, ce qui est positif pour la nécessaire mixité sociale.

 

 

  • Sur le plan économique

 

Ici encore, le PLU ne dit rien sur les orientations choisies en matière économique. Tout au plus est évoquée la zone économique des Richardets. Mais rien sur les commerces de proximité dans les nouveaux quartiers, rien sur les orientations des Z.I. déjà existantes. Pour autant, il apparait nécessaire de se tourner vers nos voisins et vers le cluster Descartes notamment, qui envisage, comme il a été dit, « la ville durable ». Certes le PLU prévoit l’ouverture « physique » de la zone des Richardets vers ce pôle. Mais le PLU ne propose aucun autre échange. Pourtant, les possibilités offertes par une meilleure interpénétration entre les projets de développements de Noisy-le-Grand et les recherches du cluster seraient immenses.

 

En ce qui concerne l’implantation de nouvelles zones de bureaux, aucun point n’évoque la façon dont la municipalité entend les remplir. Noisy-le-Grand est en effet en concurrence avec d’autres pôles tertiaires déjà très développés : Val-de-Fontenay, Marne-la-Vallée à l’est, la Plaine-Saint-Denis à l’ouest. Sans compter le silence entretenu sur l’avenir des milliers de mètres carrés de bureaux vides dans le secteur du Mont d’Est, à proximité immédiate des projets Maille Horizon Nord et Sud et la difficulté manifeste à faire venir des entreprises pour occuper le parc de bureaux envisagé.

 

A long terme, il aurait été utile d’avoir une perspective des modalités de financement de l’ensemble de ces projets et de leurs conséquences. Pourtant, les motifs d’inquiétude sont très nombreux : disparition de 80% de la taxe d’habitation, réforme de la fiscalité économique au niveau territorial et métropolitain, baisse des dotations de l’État… les finances municipales ne seront plus les mêmes à horizon 2020.

 

Ainsi, sur le plan économique, le PLU révisé s’engage dans l’inconnu, sans chercher à assurer le présent, ce qui l’éloigne encore plus de l’objectif affiché de « développement durable ».

 

En conclusion, nous ne pouvons que regretter que le PLU raisonne en vase clos. Cette révision, qui devra être approuvée par le Territoire, manque d’une vision territoriale. L’occasion est manquée de regarder vers nos voisins, Neuilly-sur-Marne notamment.

 

Une vision plus large, en partenariat avec l’ensemble des 13 autres villes du Territoire aurait sans doute permis de lisser les créations de logements, de mieux les répartir et ainsi d’éviter une trop grande concentration de logements dans des endroits déjà saturés, ou de construire de nouveaux quartiers sur des espaces naturels qui sont hélas de plus en plus rares.

 

C’est pour l’ensemble de ces raisons que l’association Noisy-le-Grand Écologie émet un avis négatif sur la révision du PLU.20170526_145425 (2)